Flexibilité, la ruée vers l’or de la transition énergétique ?

La flexibilité, sous différentes formes, occupe l’avant-scène des journaux et des conférences relatives à l’énergie. A la mode depuis 10 ans, le sujet ne semble pas s’essouffler ; mieux, les flexibilités apparaissent même aujourd’hui comme une source de revenus incontournable. La fièvre des acteurs de ce domaine nous rappelle, dans une moindre mesure, la ruée vers l’or.

Mais cette fièvre est-elle bien justifiée ? Les flexibilités sont-elles la source de revenus à laquelle il faut s’intéresser en priorité ?

Un peu d’histoire : au début, il n’était pas encore question de flexibilités mais d’effacement pour réduire les pointes de consommation. Au tout début des années 2000, les USA ont mis en évidence qu’ils n’auraient pas les moyens de construire les unités de production électrique correspondant aux prévisions de croissance. A défaut d’être rapidement suffisamment efficaces, il fallait réduire la pointe de consommation. Les agrégateurs étaient nés, regroupés dans la PLMA (Peak Load Management Association).

Les agrégateurs se sont développés dans de nombreux pays et leur enjeu devint de multiplier les sources de revenus et, pour cela, de détecter tous les besoins émergents de flexibilités pouvant justifier une transaction attractive : suivant les pays et leur réglementation, participation aux mécanismes d’équilibre, vente de blocs d’effacement sur les marchés spot etc…

Les agrégations de flexibilités de consommation évoluent désormais vers une agrégation de flexibilités de production (pour les sources d’énergie distribuées, trop petites pour être, seules, attractives) ou un mix de flexibilités de production et de consommation (dans le cadre de Microgrids ou de Virtual Power Plants).

Ce développement bouillonnant traduit-il la bonne santé de l’activité des agrégateurs et l’intérêt inconditionnel de valoriser les flexibilités ?

Les différents business plans établis par des consommateurs montrent que :

  • Les marchés spot Européens sont restés pendant de longs mois à des niveaux de prix bas, peu attractifs.
  • La rémunération des réserves tertiaires (le maximum accessible variant entre 10000 et 35000 € par an et par MW, selon les pays) convient à des installations importantes ou très faciles à valoriser et activer. La rémunération brute d’une flexibilité de moins de 1 MW est souvent insuffisante pour intéresser les consommateurs : le coût des premières réunions nécessaires pour comprendre les offres et pour évaluer le potentiel consomme déjà le revenu de plusieurs années !
  • La rémunération des réserves primaires (jusqu’à 160-180000 € par et par MW) est plus attractive mais suppose la parfaite maîtrise des process et de disposer de mécanismes d’agrégation performants.

Les rémunérations ne sont donc que rarement alléchantes.

La taille des marchés sur lesquels les flexibilités sont valorisées est aussi très variable :

  • Tous les marchés spot ne sont pas accessibles aux blocs de flexibilités : par exemple, le marché britannique n’est pas ouvert.
  • Les marchés de réserve sont très restreints. Si tous les process flexibles participaient, ils seraient très rapidement saturés. Le succès des offres des agrégateurs aurait donc d’inévitables conséquences sur les niveaux de rémunération et donc sur les technologies dont le coût de participation seraient compatibles avec ces niveaux de rémunération.

Sur les marchés d’équilibre, une baisse des rémunérations engendrerait la baisse d’intérêt de nombreux participants, qu’ils soient producteurs ou consommateurs, ainsi que, dans certains cas, une compétitivité insuffisante des producteurs, participants historiques et fiables et, très certainement, la baisse de qualité de la prestation des agrégateurs, dont, seuls, les moins chers et, souvent, les moins compétents pourraient survivre.

Les systèmes énergétiques de demain ont pourtant besoin d’opérateurs de flexibilité forts, compétents, aux formes et aux périmètres d’activité diversifiés : il est indispensable de leur réserver un parcours d’évolution viable qui ne fasse pas fuir les investisseurs. La valorisation des flexibilités est donc un business à considérer, en même temps qu’elle donne lieu des offres utiles : je n’adhère pas pour autant à l’enthousiasme aveugle dont elle fait part. En attendant, le pire cadeau qu’on pourrait faire aux agrégateurs serait de se ruer massivement sur leur offre.

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