L’autoconsommation collective : une affaire de réglementation ?

Après avoir exploré cette question à propos de l’autoconsommation individuelle il y a quelques semaines, il me semble intéressant d’éclairer séparément le cas de l’autoconsommation collective.

Bien que l’autoconsommation collective et les communautés de consommateurs répondent à une tendance sociétale de fond, celle du partage, leur développement en Europe reste encore embryonnaire : seule, l’Allemagne se distingue avec 500000 clients du Mieterstrom, le schéma d’autoconsommation collective locale. 

Pourquoi un tel décalage entre les situations de l’autoconsommation individuelle et de l’autoconsommation collective ?

Plusieurs points règlementaires sont déterminants pour le développement de l’autoconsommation collective :

  • Le territoire au sein duquel la production électrique est partagée : plus il est limité, plus la rentabilité de l’installation est difficile à atteindre et plus l’exploitant est exposé aux risques liés à la vie de la communauté.

Le bâtiment, cellule encore en vigueur dans certains schémas, est un périmètre insuffisant. Élargir le périmètre à un même poste MT/BT ou à une zone non traversée par un espace public sont des tentatives intéressantes bien qu’insuffisantes.

Dans le contexte actuel, aller plus loin est audacieux car cela requiert davantage d’adaptations et de changements des écosystèmes actuels, gestionnaires de réseaux en tête.

  • Le schéma de comptage qui est représentatif du lien proposé entre la communauté énergétique et le DSO. Les compteurs doivent-ils appartenir au DSO ou à la communauté ? Le DSO ou la communauté sont-ils en charge de la gestion de l’autoconsommation ? Deux optiques s’affrontent : une doctrine plus libérale semble favoriser le développement de l’autoconsommation, une autre affirmant le rôle et la présence incontournable du gestionnaire de réseaux introduit lenteurs et lourdeurs.
  • La possibilité d’avoir un tiers investisseur est nécessaire dans de nombreux immeubles ou ensembles plus vastes. En effet, le propriétaire d’un immeuble est rarement enclin à investir dans une installation de production et il n’est pas simple d’organiser une communauté en coopérative ou chaque client prend une part de l’investissement. L’Autriche oblige chaque participant à prendre part à l’investissement : cela ne semble pas avoir un effet de levier extraordinaire. Par contre, les propriétaires autorisant facilement le développement de capacité de production au sein de leur domaine (sur les toits par exemple pour le photovoltaïque), la possibilité, donnée en Allemagne, d’avoir un tiers investisseur semble déterminante.
  • La gestion de la communauté relève partiellement de la règlementation : certaines taches peuvent être couteuses et peuvent diminuer le bénéfice économique apportée par la communauté. C’est le cas de la facturation : les expériences d’utilisation des technologies Blockchain sont prometteuses et à suivre de près. C’est aussi le cas de la gestion des conflits possibles entre membres de la communauté. Pouvoir capitaliser sur les difficultés possiblement rencontrées sur les premiers projets est essentiel pour maitriser les couts de gestion d’une communauté d’autoconsommateurs. Une réglementation favorisant le développement de gestionnaires d’autoconsommation collective spécialisés, régionaux ou nationaux, est indispensable.

En matière d’autoconsommation collective, la réglementation est d’autant plus importante et structurante qu’elle véhicule une vision de l’avenir énergétique du pays. Non seulement, elle doit favoriser le développement de nouvelles formes d’organisation de la consommation et de la production d’électricité mais elle doit créer un environnement adapté à leur réussite. Se contenter d’ouvrir les portes du monde actuel est bien insuffisant. 

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