L’autoconsommation collective : un tournant ?

En avril dernier, la France a promulgué une réglementation en faveur de l’autoconsommation collective, c’est à dire l’autoconsommation partagée d’une production issue d’une source renouvelable par une communauté de consommateurs.

Cette disposition, pionnière aujourd’hui, apparaitra-t-elle comme un tournant dans la transition énergétique française ? Sera-t-elle déterminante ou génèrera-t-elle des micro-séismes à prévenir ?

L’autoconsommation collective s’inscrit dans plusieurs tendances actuelles :

  • Une vision collective de l’autoconsommation comme une évolution positive et inéluctable de l’intégration des petites installations de production renouvelables.
  • Une quête d’indépendance des consommateurs vis-à-vis de corps constitués monopolistiques, comme les fournisseurs d’énergies.
  • Une économie du partage qui gagne le monde de l’énergie
  • L’émergence des technologies Blockchain, et le buzz associé, pour valoriser des transactions désintermédiées.

J’ai pu constaté, dans plusieurs pays, l’expression d’une volonté de partager les bénéfices de productions décentralisées, de la part de communautés. Ces demandes séparent nettement les fournisseurs d’énergie adoptant une attitude défensive pour protéger des revenus menacés et des fournisseurs soucieux de répondre à ces demandes pour garder une position et une image de partenaire énergétique de tous les instants.

En France, les fournisseurs n’ont à se positionner. La réglementation a fixé un cadre. Sont concernés les installations de moins de 100kW, c’est à dire les communautés d’une trentaine de producteurs individuels, au maximum.

Au delà du signe positif lancé en faveur d’une « ouverture » et d’une « dynamisation » du marché, sans pouvoir prédire leurs conséquences, je note quelques points d’attention concernant cette disposition :

  • Les unités de stockage inclus dans le périmètre de ces communautés sont, tour à tour, considérées comme unités de production quand elles restituent l’énergie stockée et comme unités de consommation lorsqu’elles stockent l’énergie. Le stockage est donc considéré comme un participant et non comme un vecteur de valorisation supplémentaire au service des participants. Ceci n’ira pas dans le sens du développement massif du stockage au sein de ces communautés.
  • L’autoconsommation collective totale peut, dans certains cas, inciter à sur-consommer en période de production, surtout s’il n’est pas bienvenu de stocker.
  • Pour optimiser les taux d’autoconsommation, les investisseurs seront tentés de sous-dimensionner leurs installations, ce qui ne va pas dans le sens du développement maximum du renouvelable.
  • D’un point de vue symbolique, cette mesure risque de renforcer la dévalorisation actuelle de l’image des énergéticiens car elle entérine l’idée que la transition énergétique peut se passer d’eux.
  • Enfin, le gestionnaire de réseau électrique peut être le promoteur ou l’instigateur de cette autoconsommation. Il prive, de ce fait, les fournisseurs d’adopter une attitude pro-active et d’offrir des services d’accompagnement de cette auto-consommation collective. Oter aux fournisseurs des leviers de différenciation et des moyens d’apparaître comme les spécialistes d’un domaine qui, malgré tout, aura toujours besoin d’eux, est une façon de les cantonner dans une position passéiste et probablement menaçante pour leur avenir.

C’est probablement le dernier point soulevé qui m’apparaît comme le plus structurant tant le positionnement proactif des fournisseurs d’énergie me semble essentiel pour une transition énergétique durable.

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