A-t-on encore besoin des économistes de l’énergie ?

Il faut parfois provoquer pour attirer l’attention sur un sujet ! Voilà que je semble m’attaquer à une institution établie depuis longtemps sur les marchés de l’énergie ! Pourquoi donc ?

Depuis des décennies, nous avons porté une grande attention à la sécurité et la continuité d’approvisionnement en énergie ; elles ont été des dimensions très importantes des politiques énergétiques. En ayant recours aux énergies fossiles, l’approvisionnement énergétique d’un pays repose sur l’accès aux sources primaires d’énergie : pétrole, gaz, charbon. Soit le pays est producteur et il est tenté de sur-exploiter ses gisements pour maximiser son indépendance énergétique, soit il n’est pas producteur et il est tenté de faire appel à d’autres énergies ou à sécuriser par tous les moyens son approvisionnement.

Jusqu’à récemment, deux sources d’énergie ont permis d’améliorer l’indépendance énergétique d’un pays, en ce qui concerne sa production électrique :

  • L’énergie nucléaire car, bien que dépendante d’une matière première, l’uranium, les stocks constitués par nombre de pays couvrent des décennies.
  • L’énergie hydraulique, par accumulation ou au fil de l’eau.

Ainsi, la Norvège, avec plus de 90% d’électricité hydraulique, la Suède et la Suisse avec une part importante tenue par le nucléaire d’une part et l’hydraulique d’autre part, et la France avec une forte part de nucléaire, ont pu atteindre des degrés d’indépendance importants pour leur production électrique.

Les transports, quant à eux, sont restés fortement dépendants du pétrole.

L’évolution des marchés de l’énergie dépend, dans un tel contexte, de la capacité à s ‘approvisionner sur les marchés, du rapport de force entre pays producteurs et pays consommateurs. Depuis longtemps, les géopoliticiens et les économistes spécialisés dans les marchés de matières premières ont éclairés les acteurs sur les tendances à court, moyen et long terme.

Pourquoi donc questionner aujourd’hui leur légitimité ?

Parce ce que les systèmes et les marchés énergétiques sont en complète révolution.

Les énergies solaires, éoliennes, marines, géothermiques, biogaz ne reposent pas sur des matières premières inéquitablement réparties et transportables. La sécurité d’approvisionnement va désormais dépendre davantage de nouveaux paramètres comme les facteurs climatiques, souvent très locaux, et moins de ressources primaires importées.

Les cours d’électricité seront davantage dépendants des niveaux de production, variables au sein d’une même journée ou d’une même semaine, plus difficilement prévisibles ; ils seront influencés par l’intervention d’acteurs nouveaux qui tireront parti de leur capacité à réconcilier profil de consommation et disponibilité de l’énergie (opérateurs d’effacement, opérateurs de stockage)

Les paramètres locaux seront plus influents, rendant progressivement plus difficile, dans un pays, un accès identique de tous à l’énergie. Les approches prospectives nationales auxquelles nous ont habitués les économistes seront progressivement moins pertinentes.

Par ailleurs, la fabrication des panneaux photovoltaïques, des éoliennes et des batteries crée une dépendance croissante à de nouvelles ressources : les terres rares. C’est peut-être de leur côté que se créeront les futures tensions d’approvisionnement.

Les mutations des systèmes énergétiques sont lentes. Nous aurons encore besoin des économistes de l’énergie pour nous éclairer pendant quelques décennies. Mais il est temps pour eux, d’apprivoiser de nouveaux paramètres et de nouvelles logiques de raisonnement pour éclairer l’activité nouvelle des énergéticiens. A défaut, ces derniers devront se tourner vers de nouveaux experts capables de leur baliser leur chemin.

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