Peut-on et doit-on refuser les compteurs intelligents électriques ?

Dans tous les pays où les compteurs intelligents sont déployés, des individus, des élus ou des groupes s’opposent à leur déploiement ? Ont-ils vraiment raison de le faire ?

Dans les motifs de refus invoqués, certains semblent légitimes (même si je n’ai pas constaté personnellement de tels cas) : des personnes reconnues comme électro-sensibles ne peuvent être exposées à des rayonnements électromagnétiques qu’elles percevraient, aussi faibles soient-ils. Dans un pays où le chauffage peut être d’origine électrique, une facturation mensuelle au réel peut entrainer des variations de factures difficiles à gérer pour des faibles revenus.

Mais la plupart des raisons sont en réalité des peurs, dont le bien-fondé s’impose parfois.

  • Peur des rayonnements électromagnétiques des courants porteurs utilisés. Ces courants porteurs utilisent une bande basse fréquence bien moins émettrice que les courants porteurs haut-débit utilisés pour distribuer un accès internet dans le logement par de nombreux opérateurs télécom.
  • Peur d’une surveillance accrue des personnes : dans la plupart des cas de mise en œuvre des compteurs intelligents, ils permettront tout au plus de détecter la présence ou non d’individus dans le logement. Mais l’agglomération de ces données peut renseigner sur les habitudes de vie des occupants de ce logement.
  • Peur d’un manque de confidentialité des données : les données nous concernant sont souvent sources de revenus, revendues à d’autres utilisateurs pour des usages ni maîtrisés ni contrôlés.

En regard de ces refus, les compteurs intelligents offrent un vrai bénéfice à la collectivité : ils permettent de beaucoup mieux prédire et suivre les consommations électriques. Ils sont une brique nécessaire pour que les énergéticiens puissent, à l’avenir, assurer l’indispensable équilibre du réseau électrique avec une part croissante de la production assurée par des sources intermittentes non prédictibles. Production et consommation doivent en effet constamment s’équilibrer. Dans un contexte où la production se prédit avec des erreurs croissantes, il est plus que nécessaire de chercher à réduire l’erreur sur la prévision de consommation.

Refuser un compteur intelligent revient à priver l’énergéticien d’un moyen d’assurer l’équilibre de son réseau avec des sources d’énergie intermittentes ; c’est, en d’autres termes, le forcer à renoncer à ces nouvelles sources d’énergie pour revenir dans un contexte dans lequel il sait fonctionner. Il est à peine réducteur de résumer la situation en un choix à faire entre compteurs intelligents et énergies propres intermittentes.

De mon point de vue, il ne s’agit pas pour autant de forcer l’adoption des compteurs intelligents sans répondre aux peurs des consommateurs. Pour l’instant, rares sont les énergéticiens ayant cherché à répondre aux questions posées. Pédagogie, transparence et engagement seront indispensables pour instaurer un niveau de confiance permettant d’imposer, sauf en de rares exceptions, les compteurs intelligents : pédagogie pour expliquer les risques et les choix faits par les énergéticiens, transparence comme gage de confiance, engagement en ce qui concerne l’utilisation faite des données collectées.

Au delà d’un caractère obligatoire justifié aux conditions précédentes, il pourra toujours être possible pour un citoyen de refuser un compteur intelligent s’il dédommage l’énergéticien et la collectivité des bénéfices dont il les prive.

1 Commentaire

  1. Devant un refus d’installation d’une partie des abonnés, certains GRD ont modulé leur position et introduit une clause de refus, dite « Opt-out » en anglais.
    Celle-ci prévoit soit de ne pas être pénalisé pour ce refus (cas hollandais) et en contrepartie accepter de transmettre les index de consommation via portail Internet, soit une clause payante pour indemniser la « utility » (cas en Californie, 10$ de surfacturation par mois, et réinstallation d’un compteur non communicant à 75$: très dissuasif…)
    Au Royaume Uni, le dispositif prévoit un
    « opt-in », c’est à dire une demande implicite de l’abonné pour avoir un
    « smart meter » et non pas une imposition.
    Une étude UK montre que jusqu’a 10% des consommateurs se déclareraient électro- sensibles, donc sujet au refus.
    Une clause à la hollandaise permettrait d’apaiser le débat en France, donnant aux « anti » minoritaires un choix légitime bien qu’irrationnel. Cela ne va pas mettre le programme Linky en péril: Seulement environ 1% des hollandais ont refusé.
    Quand on sait que le taux de déploiement cible de Linky plafonne à 90%, cela me parait sociétalement acceptable et approprié pour arréter la « fronde » anti-Linky

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