Smart Metering : Des projets rentables sous conditions strictes

Tous les chemins des Smart Grids  (et des Smart Cities !) semblent mener au Smart Metering, aux compteurs intelligents. L’objet de cet article n’est pas de discuter du bien-fondé de cette affirmation. Mais on constate sans peine que le déploiement de compteurs intelligents représente un coût très important pour les gestionnaires de réseau et pour la communauté.

Ce coût est-il légitime ? Ces investissements sont-ils rentables ?

Force est de constater que cette question est souvent éludée

  • Beaucoup de projets de compteurs intelligents émanent d’une volonté politique, traduite ou non à travers la réglementation, fondée sur la croyance que ces compteurs permettraient directement de réduire la consommation électrique. Croyance déçue car le chemin est long entre la connaissance des consommations et leur réduction.
  • Les décideurs politiques, convaincus du bien fondé de leur choix, ne peuvent faire autrement que de présenter le projet sous l’angle le plus favorable pour le rendre acceptable ou désirable : une sorte de mensonge par omission, conscient ou non, qui peut vite agir en boomerang.
  • Ces projets, très couteux, représentent de telles opportunités pour les différents acteurs potentiels (fabricants de compteurs, intégrateurs) que ces derniers délivrent de manière très prudente les messages sur une éventuelle non rentabilité. Pas question d’entraver la bonne marche de ces projets.

Peut-on penser alors que la rentabilité de ces projets puisse être mise en doute ?

  • Certaines conditions sont favorables à l’atteinte de la rentabilité : parmi elles, la détection et la réduction des vols d’électricité. Une proportion d’énergie volée supérieure à 10%, favorise grandement la justification des compteurs intelligents qui permettent de vérifier en permanence l’écart entre énergie transportée et énergie facturée. Dans certains pays, les gains opérationnels induits peuvent aussi être suffisants.
  • En dehors de telles conditions, plus rarement réunies dans les pays ouest-européens, l’analyse coût bénéfice des compteurs intelligents devra s’intéresser à l’ensemble des gains générés : gains induits, productivité opérationnelle du gestionnaire de réseau, gain d’efficacité globale du système énergétique, économie d’énergie, réduction des émissions de CO2.
  • La variable d’ajustement qui permet de rendre un projet attractif est, la plupart du temps, la réduction de la consommation énergétique. Le potentiel de réduction des consommations est alors souvent une déclaration d’intention, dont on s’attache à démontrer la crédibilité, destinée à atteindre un niveau de rentabilité acceptable aux yeux du commanditaire du projet.

Comment éviter d’être déçu des conséquences d’une évaluation fantaisiste du potentiel de réduction des consommations ?

  • Les compteurs intelligents fournissent une information nécessaire aux économies d’énergie mais, attention, ils ne constituent pas l’unique moyen disponible sur le marché.
  • Les économies effectivement réalisées dépendront du réservoir d’économies disponibles et de la capacité effective qu’on aura à exploiter ce réservoir.
  • Le réservoir d’économies dépend, d’une part, des systèmes en place (par exemple, sur l’éclairage, un fort taux de pénétration d’ampoules LED réduira le potentiel d’économie), d’autre part, du caractère plus ou moins énergivore, des habitudes de vie. Il est pertinent de l’évaluer et de le projeter dans le temps.
  • La capacité à exploiter ce réservoir dépend du savoir faire prouvé et mesuré des prestataires de services locaux (énergéticiens, associations, prestataires privés) pour accompagner les consommateurs dans leurs économies. Ce savoir faire est aujourd’hui souvent très bas, surtout vis à vis des consommateurs particuliers, et ne permet de légitimer la prise en compte des économies d’énergies dans un business plan de compteurs intelligents.
  • Il sera important, pour une évaluation juste de la pertinence financière du projet, d’intégrer l’intégralité des coûts à engager pour obtenir ces économies d’énergie, pas seulement le coût des compteurs.

Ainsi, compter sur les économies d’énergie pour rentabiliser des compteurs Smart met une pression importante sur le développement de notre capacité effective à transformer une information brute sur les consommations en résultat pérenne. En l’absence de cette capacité, il y a fort  à parier que l’investissement envisagé ne soit ni rentable ni vraiment utile.

Il sera temps, une fois la rentabilité globale garantie, de réfléchir au financement du projet : mais il sera alors plus facile d’accorder la contribution de chacun aux bénéfices qu’il retirera de ces compteurs d’avenir.

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