Smart cities : mythe ou réalité ?

Les villes semblent soudain prises d’un appétit frénétique pour la technologie : elles frappent toutes à la porte du monde digital : elles deviennent SMART, autrement dit intelligentes.

Quels sont les fondements de ce mouvement ? Quel est le pouvoir réel des technologies ? L’intelligence des villes n’est-elle pas à chercher au-delà ?

Tout d’abord, qu’est ce qu’une Smart City ?

Il est bien difficile de trouver une définition qui fasse l’unanimité. Le terme recouvre aujourd’hui des notions répondant à des intentions et des objectifs très différents. A l’origine, le terme « Smart city » était utilisé par les géants de l’industrie informatique pour désigner les villes déployant des technologies numériques.

Les premières applications numériques déployées sont souvent des services mis en ligne par une municipalité à destination des habitants. Au delà du service offert aux citoyens, l’objectif est souvent de réduire les coûts de fonctionnement des services publics locaux. Ces applications permettent d’effectuer des formalités en ligne comme signaler la panne d’un feu de signalisation ou informer le public de manifestations culturelles à venir.

Des applications plus élaborées améliorent la performance d’un service urbain ou une expérience de l’usager dans la ville. Il n’est pas rare de voir des dispositifs aidant les automobilistes à trouver une place de parking libre : lumière verte ou rouge indiquant l’occupation des places dans un parking couvert, application mobile signalant les emplacements libres dans la rue. Ces applications ne se limitent pas à de la simple transmission d’informations mais intègrent un traitement des informations brutes collectées sur le terrain : elles donnent accès à la ville à un niveau d’intelligence supérieur.

Bien que timidement connectée à des objectifs de réduction de coûts ou d’amélioration de performance, cette première vision de la ville intelligente est purement technologique et s’inscrit dans cette tendance très marquée que nous avons à considérer la technologie comme la solution à tous nos ennuis. Elle est néanmoins accessible au plus grand nombre et permet aujourd’hui à de nombreuses villes de se considérer comme intelligentes.

De la technologie, encore de la technologie, toujours de la technologie

Bien que la technologie ne résolve pas tous les problèmes, loin de là, certaines villes y prennent goût, certaines par simple technophilie, d’autres pour renvoyer une image de modernité. Ces villes déploient de plus en plus d’applications digitales : guidage des automobilistes selon des parcours tenant compte de la densité de circulation, programmes d’efficacité énergétique, réseaux énergétiques intelligents, applications mobiles fournissant aux touristes des visites guidées personnalisées etc.

Le déploiement d’une telle quantité d’applications numériques poussent les villes, pour des raisons de coûts, à optimiser les infrastructures de collectes des données nécessaires : mutualisation et optimisation des infrastructures télécoms, des capteurs, données collectées via des applications collaboratives, etc. Ces villes entrent dans une ère de digitalisation avancée et de recours sans limite aux données. Ainsi, avec l’aide des grands leaders informatiques, elles sont à même de connecter des données provenant de systèmes auparavant indépendants pour créer encore plus de valeur pour les usagers. Les transports, en particulier, offrent un terrain propice à ce phénomène.

Mais de telles dépenses sont-elles légitimes ? Une telle invasion technologique est-elle souhaitable et réellement bénéfique ?

La Smart city doit créer du sens pour les citoyens

Le déploiement de chaque application digitale répond à un objectif clair. Mais la compréhension que nous avons aujourd’hui de l’évolution des systèmes, où chaque partie dépend étroitement des autres, montre que la somme des objectifs et des visions partielles ne produit pas forcément de vision globale.

En parallèle, acquérir, diffuser, utiliser des données concernant de près ou de loin les citoyens nécessite transparence et sécurité dans un souci de légitimité et pour ne pas provoquer de rejet.

S’engager dans l’engrenage de la digitalisation n’est donc pas chose anodine pour les villes.

« Rentabiliser » les investissements réalisés, assurer la cohérence de l’ensemble des applications digitales, favoriser l’adoption de nouvelles technologies, accompagner les citoyens dans des changements importants de mode de vie et d’usage de la ville supposent le respect de certains piliers fondateurs.

Tout d’abord, il est primordial que la ville se dote d’une vision. 50% de la population mondiale est aujourd’hui urbaine. En 2050, 70% de la population vivra dans les villes. Impossible donc de conserver les structures urbaines du passé. Les villes sont contraintes de faciliter les transports, de réduire drastiquement leur empreinte sur l’environnement, d’offrir une certaine attractivité aux habitants, aux visiteurs et aux acteurs économiques, de réduire les pertes de temps ; en bref, d’être un lieu de vie attrayant et non un lieu où se développent les ressentiments, les frustrations et la fatigue. C’est une autre image des Smart cities qui se dessine ainsi. La digitalisation est un moyen puissant, indispensable, mais elle ne doit rester qu’un moyen.

En se basant sur une telle vision, il est dès lors possible de définir une Smart city en des termes moins techniques. Lieu de vie attractif, pôle d’activité performant, ville respectant son environnement, dans tous les cas, le volet énergie du projet Smart City est essentiel en ce qu’il contribue directement et indirectement à tous les objectifs évoqués.

Améliorer l’attractivité d’une ville, c’est améliorer l’expérience des différents acteurs dans « l’usage » de cette ville. Les solutions ne se décrètent pas : elles se définissent avec les intéressés, seuls à même de juger des améliorations qui les concernent directement. Il est donc crucial que le citoyen se retrouve au centre de la démarche de digitalisation et de la ville. Il doit se réapproprier une place d’acteur de l’évolution de la ville. Pour permettre une telle mutation, la gouvernance des villes doit s’adapter. Les équipes municipales doivent apprendre à davantage solliciter les citoyens : ne pas suffisamment les impliquer crée du rejet et de la frustration, trop les impliquer, en contrepartie, peut dans certains cas les exposer à leur incompétence et conduire à des solutions inadaptées.

Le développement de technologies numériques est une réalité pour beaucoup de villes : elles peuvent se proclamer intelligentes. Mais les villes ayant pleinement intégré les enjeux globaux sous-tendus par les Smart cities sont beaucoup plus rares : certaines ont défini une politique, d’autres l’ont décliné en vision, d’autres encore développent des applications cohérentes avec cette vision et redéfinissent la place des citoyens dans la ville. Ces villes ont amorcé un mouvement vers la ville du futur : le poursuivre demandera une continuité d’action au delà des alternances politiques, une gestion et une mise à jour permanente de la vision fondatrice sur laquelle elles se sont basées, une grande compétence de la part des élus, l’acceptation et la conduite de changements profonds dans la gouvernance de la ville.

Publié le 3 Janvier 2017 sur lemondedelenergie.com

1 Rétrolien / Ping

  1. Smart cities : mythe ou réalité ? – SmartCities by Eric Morel – Mach&Team – Lyvisoft

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*