Le stockage par batteries : faut-il s’enthousiasmer ?

Je suis toujours surpris de la vitesse à laquelle se propagent certaines modes et de la rapidité avec laquelle elles sont quelquefois délaissées. Ces vitesses excessives traduisent l’impact de considérations affectives ou émotionnelles peu propices à un regard serein porté sur les modes en question.

Le stockage par batteries fait partie de ces sujets. L’enthousiasme qu’il suscite est-il légitime ou a-t-on déjà, à son propos, des points d’attention qui méritent vigilance ?

L’utilité du stockage en complément des productions électriques intermittentes, en compensation de variations saisonnières de production ou de consommation, en lissage de production solaire ou éolienne, n’est plus à démontrer. Mais si certaines technologies ont fait leurs preuves et ne sont plus discutables, comme les STEP, il n’en est pas de même des batteries.

La rentabilité actuelle des batteries utilisées sur des applications réseaux de petite ou forte puissance (jusqu’à 1MW) suppose des investisseurs patients tant les temps de retour sur investissement sont longs. En dehors de quelques niches, les durées auxquelles je suis arrivé dans le cadre des études menées pour mes clients, excèdent toutes 25 à 30 ans. Sans subvention, sans l’intérêt d’une démarche de R&D propre à investiguer de nouvelles technologies et nouvelles applications, l’attractivité économique actuelle du stockage par batterie est faible.

Deux facteurs pèsent sur cette mauvaise performance :

  • La difficulté d’augmenter les revenus en multipliant les usages de la batterie car chacun fait appel à des caractéristiques différentes et une batterie répond rarement, en même temps, aux spécifications de deux applications.
  • Les coûts encore élevés des batteries, même s’ils ont fortement diminué récemment.

Beaucoup nous promettent des baisses de prix spectaculaires pour l’avenir, en se référant au photovoltaïque. Les baisses de prix observées dans le domaine des nano-technologies, auquel appartient une part du photovoltaïque, n’a rien à voir avec celles constatées dans les technologies électro-chimiques et mécaniques. Je doute que le prix des batteries puisse être réduit dans des proportions identiques à celles des prix du photovoltaïque.

Les coûts obtenus aujourd’hui sont à base de Lithium extrait des mines. Le Lithium recyclé, émanant de batteries hors d’usage, sera plus onéreux et augmentera d’autant, dans les conditions technologiques actuelles, le coût des futures batteries.

Certains experts mettent en avant la limite des réserves actuellement identifiées de Lithium, principalement en Bolivie (plus de 50% des réserves mondiales) et en Chine.

Je ne vais bien sûr pas nier que les réserves sont limitées mais, avant d’atteindre cette limite, la Bolivie aura à faire face aux conséquences environnementales de l’extraction intensive du Lithium. Nous avons, par le passé, su détruire certains de nos sites les plus remarquables et surexploiter certaines ressources de notre sous-sol. Peut-être cette expérience nous conduira-t-elle à limiter l’extraction du Lithium et à n’exploiter qu’une part des réserves totales ? C’est mon vœu le plus cher.

Entre les paramètres économiques et les retombées environnementales, les batteries m’apparaissent moins idéales qu’elles ne sont quelquefois présentées pour les applications réseaux ; je ne challenge pas aujourd’hui leur pertinence dans les véhicules électriques. Tesla nous fournit, en première approche, une autre image des batteries en occupant de façon spectaculaire l’espace médiatique qui leur est réservé alors que sa propre part de marché est très inférieure à 10%.

Il me semble utile d’être prudent et d’avancer par étapes successives sans anticipation excessive. Le temps précieux que nous saurons prendre, sera probablement utile pour améliorer les performances questionnées aujourd’hui ou pour développer des technologies de stockage plus attractives, pourquoi pas en combinant des batteries avec d’autres technologies.

Article déjà publié sur lemondedelenergie.com le 10 juillet 2017

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