7 actions clés pour rendre une ville énergétiquement intelligente

Rendre une ville intelligente sur le plan énergétique, la projeter avec succès dans une transition énergétique, principalement aujourd’hui pour réduire les émissions de CO2, peut être un enjeu complexe. De ce fait, on peut avoir des difficultés à l’associer à des actions précises.

Que faut-il donc faire pour cela ? Quelles sont les actions et dispositions prioritaires à prendre pour inscrire une action dans le temps sur le chemin du succès ?

Une ville intelligente, smart, sur le plan énergétique est, certes, une ville numérique. Mais c’est une manière très descriptive de la définir. En termes d’enjeux, c’est une ville respectueuse de l’environnement, sobre, au fonctionnement et au développement cohérents, en amélioration permanente de performance.

Je ne prétends pas dans un tel article être exhaustif. Je vous livre le fruit de mon expérience en vous soumettant les principales actions génériques à mener. Dans la vraie vie, toutes doivent être adaptées à la situation locale.

  • Mettre en place une gouvernance globale de l’énergie

Cette gouvernance doit réunir les décideurs publics et tous les acteurs de l’énergie présents sur le périmètre géré : gestionnaires de réseaux de distribution de gaz et d’électricité, réseaux de chaleur, producteurs d’électricité et de chaleur, production et distribution d’eau, traitement des eaux usées et des déchets, opérateurs de stockage, agence locale pour les économies d’énergie, principaux prestataires de services énergétiques etc…

L’organe de gouvernance ainsi constitué doit définir un schéma directeur de l’énergie à un horizon de 15 à 20 ans minimum, cohérent avec les objectifs fixés par les instances politiques, et l’actualiser tous les 2 ans. Ce dernier point est essentiel pour suivre les évolutions technologiques, règlementaires et prendre en compte l’expérience acquise. Il doit également définir une feuille de route donnant de la visibilité à chacun des acteurs sur ses propres enjeux et faciliter les coordinations, nombreuses, entre acteurs. Il doit enfin superviser, à fréquence régulière, l’avancement des projets pour corriger les dérives éventuelles afin de garantir l’atteinte des objectifs fixés.

  • Plan d’exemplarité publique

Une ville ne peut pas être crédible si elle demande à ses habitants et à ses usagers d’être « intelligents » et si elle ne l’est pas elle-même. Un plan d’exemplarité des acteurs publics est indispensable : il n’est pas nécessaire de tout achever à délai court mais de tout planifier, et de manière cohérente. Mais les acteurs publics doivent, de manière démonstrative et massive, ouvrir la voie de l’intelligence.

Ce plan d’exemplarité doit couvrir a minima la rénovation énergétique des bâtiments, l’efficacité énergétique des acteurs et activités publiques, la production d’électricité renouvelable, la mobilisation de la flexibilité, la refondation de la mobilité des acteurs publics et de leurs partenaires dans la ville, l’évolution des modes de travail pour réduire les besoins de déplacement etc….

La ville fera un large appel au modèle de contracting et pourra le décliner sous des formes évoluées pour accroître son pouvoir de financement.

Ce plan d’exemplarité ne doit pas être un plan de façade au risque de décrédibiliser toute démarche ultérieure : un maire se rendant à une inauguration en vélo a un aspect symbolique (bien que limité) mais faire suivre les bouquets de fleurs en voiture juste derrière ridiculise le symbole et s’avère profondément contre-productif.

  • Plan mobilité décarbonée

Les transports sont, au sein des villes, à la fois très consommateurs d’énergie et très émetteurs de CO2. Bâtir un plan de mobilité décarbonée et énergétiquement efficace est nécessairement une priorité.

Ce plan ne peut faire l’impasse sur plusieurs objectifs :

. Décongestionner la ville. Les solutions traditionnelles reposent sur les transports en commun ; les solutions faciles à mettre en œuvre incluent les applications de guidage ; la solution prometteuse est l’auto-partage, plus difficile à mettre en œuvre car elle requiert un changement profond du rapport à l’automobile.

. Réallouer l’espace. Densifier la ville, améliorer le cadre de vie passent par réduire l’empreinte spatiale au sol, très importante, des transports.

. Ne pas penser seulement voitures électriques mais aussi livraisons électriques, bus électriques, transport par câble, vélos etc…

. Gérer la transition des transports urbains en gardant le dynamisme économique, commercial et culturel des centres-villes.

. Engager les habitants et les usagers. Certains édiles n’hésitent pas à prendre des mesures brutales, non anticipées, non réparées, pour amorcer la mutation des transports : ils créent chez la population un sentiment de rejet assez répandu et décrédibilisent pour longtemps les actions en faveur d’une société plus respectueuse de la planète. En voulant pressant le pas, ils ralentissent dramatiquement le mouvement.

  • Plan rénovation énergétique des bâtiments

L’efficacité énergétique est une composante capitale d’une ville énergétiquement intelligente. Sans dénigrer les autres actions, la rénovation énergétique des bâtiments existants est l’action s’attaquant au plus gros potentiel d’économies.

C’est également la plus difficile à mener, qui plus est dans nos centres villes européens, anciens et fortement contraints par des règles d’architecture, et, sans surprise, la plus coûteuse.

L’engagement des propriétaires dans de tels travaux, la coordination des actions au sein des immeubles ou, dans certains cas, de quartiers sont autant d’enjeux à adresser avec succès.

Les modes de financement basiques du type investissement du propriétaire plus subventions ne sont pas suffisamment efficaces pour garantir une vitesse d’action satisfaisante. Il est nécessaire de réduire les sommes initiales nécessaires en faisant appel à des mécanismes introduisant un effet levier, tels que les modèles de contracting.

Le développement de tels modèles à l’échelle d’une ville exige des partenaires financiers adaptés, des acteurs opérationnels rodés et une garantie des risques principaux par les assurances. La constitution d’un écosystème solide est un préalable essentiel.

  • Plan quartiers neufs

La difficulté de faire évoluer la performance énergétique des quartiers existants est extrêmement importante. Les travaux nécessaires sont coûteux, potentiellement perturbants pour les occupants donc difficiles à planifier. Les standards de construction d’un quartier neuf sont donc d’autant plus importants : ils engagent la performance énergétique du quartier jusqu’à la prochaine rénovation lourde c’est à dire pour une durée de 30 à 50 ans. En définissant ces standards, une ville doit donc se positionner le plus en avance possible, une attitude pas toujours cohérente avec ses habitudes. Elle ne doit pas se limiter à la réglementation en cours mais devancer ses évolutions en tirant le plus possible parti des nouvelles technologies disponibles et en n’hésitant pas à innover.

  • Mise en place d’un schéma directeur vivant de l’énergie avec telecom

Le schéma directeur de l’énergie est une garantie de cohérence dans la durée des actions et des investissements : c’est donc une source d’optimisation énergétique et économique.

Par les travaux et les échanges que nécessite une élaboration sérieuse, il est aussi un vecteur de cohérence entre acteurs. Il doit être l’opportunité pour eux de mieux se comprendre et d ‘ajuster leur organisation et leur travail commun.

Il doit couvrir l’ensemble des énergies pour traiter de leurs liens et de leur interdépendance et pour prendre en compte les transitions de l’une vers l’autre. Il doit prendre en compte l’évolution nécessaire des réseaux de communication et des infrastructures de gestion de données tant la multiplication des solutions techniques pour faire face à des besoins non anticipés est coûteuse en CAPEX et en OPEX.

Ce schéma directeur n’est pas un document établi pour être mis en place sur une période de 25 ans. Les technologies, les besoins, les objectifs, les aspirations de la population évoluent désormais trop vite et nécessitent une gestion quasi continue de ce schéma directeur : une révision tous les 2 ans pour prendre en compte l’impact des évolutions est un minimum.

  • Plan urbanisme « pour l’énergie »

L’urbanisme, lui-même, conditionne les performances énergétiques d’une ville. Un quartier résidentiel induit une consommation électrique représentative des comportements et habitudes de vie des ménages avec ses périodes de basse consommation et ses pointes de consommation (ne correspondant pas nécessairement aux périodes de production du solaire photovoltaïque, par exemple). Le même quartier, accueillant commerces et entreprises, ne présentera pas les mêmes caractéristiques : par exemple, les profils de consommation des entreprises auront leur pointe au moment où les ménages seront en consommation basse. La pointe globale sera donc plus faible, les investissements de production locale et de distribution également.

Un plan d’urbanisme permettant d’optimiser l’infrastructure énergétique nécessaire repose sur des règles différentes des règles habituelles : il est donc à définir précisément.

 

Ces 7 actions sont déterminantes : elles prennent en compte la lenteur d’évolution des systèmes énergétiques, très consommateur de capitaux, nécessitant une anticipation qui n’est ni dans les gènes ni dans les préoccupations naturelles des décideurs politiques.

Elles concernent aussi la mobilité et le bâti, deux enjeux très complexes des villes : le premier car il nécessite un profond changement des habitudes et donc une évolution radicale des infrastructures de transport, le deuxième car il est très couteux.

A l’heure où l’accélération des performances des villes devient vitale, ces 7 actions sont les 7 « preuves de courage » dont les élus doivent faire preuve pour entrer de plein pied dans le XXIème siècle et pour que leur ville puisse être qualifiée de « Smart » dans le domaine de l’énergie dans la durée.

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