La rentabilité des projets de compteurs intelligents serait-elle construite sur une base infondée ?

Les montants investis dans les déploiements de compteurs intelligents rendent les business plans et les analyses coûts-bénéfices de ces projets essentiels pour le confort des décideurs et des investisseurs.

Lors de l’élaboration d’analyses coûts-bénéfices, un paramètre m’est apparu plus important que les autres : le montant d’économies d’énergie rendu possible par les compteurs intelligents.

Tout d’abord, il conditionne l’intérêt de la collectivité pour de tels compteurs. Les reconnaître comme un vecteur de performance énergétique leur donne une valeur intrinsèque aux yeux de la société et justifie une participation de la « collectivité » à l’investissement.

Il apparaît ensuite comme un levier essentiel pour rentabiliser les compteurs intelligents. L’analyse réalisée pour l’Allemagne par Ernst&Young montre clairement la sensibilité du business plan des compteurs Smart aux économies d’énergie : 6% d’économies permet de passer d’une valeur actualisée nette négative à une valeur attractive.

D’autres études, réalisées par des sociétés de renom, « jouent » avec ce paramètre et font apparaître des bénéfices pour la collectivité 4 fois supérieurs aux bénéfices pour le gestionnaire de réseau électrique. Sans la contribution de la collectivité, pas de projet rentable ! Mieux ! Dans les bénéfices pour la collectivité, les économies d’énergies pèsent pour la moitié !

La seule limite de ce raisonnement est que les économies d’énergie intégrées dans l’étude sont une déclaration d’intention ou, au mieux, un objectif qui semble atteignable, sans que cela ait été sérieusement vérifié.

Les faits donnent-ils raison à ces études ? Les économies sont-elles au rendez-vous ? Ou cette déclaration d’intention est-elle un levier masqué, utilisé pour « vendre » les compteurs intelligents ?

Les économies envisagées avec un déploiement de compteurs intelligents portent toujours sur les comportements. Elles reposent sur la croyance que « voir sa consommation permet de la réduire » (voir article précédent). On observe dans la plupart des projets que les économies réalisées sont plus faibles que celles prévues, qu’elles n’émanent que d’une frange de la population déjà concernée, certes aidée par la visualisation de leur consommation, et qu’elles sont rarement pérennes.

L’enjeu d’une analyse coûts-bénéfices devient alors de vérifier la crédibilité de l’objectif d’économies d’énergie intégré dans l’analyse, en démontrant, via des pilotes par exemple, la capacité de l’énergéticien à le faire atteindre à ses clients de manière durable. Cela suppose une méthodologie pour accompagner le consommateur dans ce sens (voir article précédent).

Ceci ne veut pas dire que tous les projets de compteurs intelligents trouvent leur rentabilité dans une espérance dans des économies d’énergies infondées. Par exemple, des énergéticiens qui sont victimes d’une proportion importante de vols rentabilisent largement les compteurs intelligents par une réduction des vols.

Cependant, la plupart des projets des pays européens doivent prêter attention à ce point afin d’éviter des désillusions futures. Je recommande, dans tous les cas, de justifier, par des expériences abouties, l’objectif d’économies d’énergie intégrée dans l’analyse coûts-bénéfices d’un déploiement de compteurs intelligents.

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