Le bâtiment « Smart Grid Ready » : un pas vers l’avenir ?

Depuis des décennies, voire beaucoup plus, le bâtiment s’est imposé naturellement comme une unité clairement identifiable, depuis sa construction jusqu’à sa destruction éventuelle.

Comment le bâtiment s’adapte-t-il ou résiste-t-il à la mutualisation de certains systèmes comme les systèmes thermiques ? Comment doit-il se préparer à son intégration dans ces systèmes ?

J’ai plusieurs fois évoqué dans ce blog l’émergence des réseaux de chaleur ou de froid qui introduisaient, au niveau de quartiers, des systèmes transverses à plusieurs bâtiments. D’autres systèmes transverses se développent également : production d’électricité décentralisée (solaire photovoltaïque), stockage d’énergie etc…Il résulte de ces nouveaux dispositifs des flux énergétiques complexes, internes au quartier, quelquefois entre bâtiments ou entre le quartier le réseau « extérieur ».

L’évolution des systèmes énergétiques transforment donc à la fois le bâtiment en unité intelligente autonome et en maillon réagissant à des logiques d’optimisation énergétique plus globales au sein d’un quartier ou d’une ville. Le bâtiment participe donc à la définition du système énergétique global (qui ne serait pas exactement le même si les bâtiments étaient différents) mais la conception du bâtiment est également influencée par le système énergétique global (les bâtiments ne seraient pas exactement les mêmes d’un système énergétique à l’autre).

Pour faire face à ces évolutions, plusieurs acteurs ont ressentis le besoin d’agir et de spécifier ce que doivent devenir les bâtiments de la ville de demain : les villes elles-mêmes, soucieuses d’orienter les aménageurs et surtout les promoteurs vers des bâtiments qui s’intégreraient naturellement dans leur future infrastructure énergétique, mais aussi l’industrie du bâtiment dans son ensemble, attentive à rester connectée au marché.

C’est ainsi qu’ont émergé plusieurs « standards » ou ensemble de spécifications destinés à construire des bâtiments « Smart Grid ready », dans une logique Plug & Play universelle. L’universalité recherchée, pour un standard qui s’appliquerait à tous les bâtiments d’un pays ou d’une région, est contraire au principe d’holomorphisme décrit ci-dessus : les bâtiments ne seront pas exactement les mêmes d’un système énergétique à l’autre. Certains éléments d’infrastructure devront être adaptés, les flux énergétiques auxquels le bâtiment participera seront différents et donc, par conséquence, les réactions énergétiques du bâtiment également, les données fournies varieront selon la nature des exploitants.

Aucun des travaux auxquels je fais référence ne met en évidence ce paradoxe ou cette ambiguïté.  Elle est néanmoins sous-jacente : les spécifications proposées se présentent comme le tronc commun à respecter. Ne répondant donc pas aux exigences applicatives, locales ou liées aux acteurs en présence, elles se résument à des caractéristiques techniques très générales : le bâtiment doit pouvoir communiquer ou être capable de réagir à certains événements…ce que les bâtiments font depuis bien des années.

La pauvreté de beaucoup de ces standards traduit-elle une incompréhension des systèmes dans lesquels les bâtiments doivent désormais s’inclure ? ou la volonté de faire émerger un concept marketing un peu creux ?

J’avais participé, en 2012, à un premier travail exploratoire pour un quartier de la Plaine du Var en France. Les projets, que j’ai menés depuis, dans d’autres pays, ont confirmé le caractère indispensable de la conception simultanée de tous les éléments du système : les bâtiments, les systèmes énergétiques transverses et les autres applications urbaines consommatrices d’énergie. Il est intéressant de dégager les lignes directrices et les principales étapes d’une telle conception incluant des aller-retour permanents entre le tout et les parties.

Les initiatives « locales » ne concernant qu’une partie du système, le bâtiment ou une autre, ont plutôt tendance à introduire confusion et incompréhension dans une évolution difficile à appréhender par des décideurs publics ou privés non spécialistes. Je les ai vues contre-productives dans certains cas. Dommage !

1 Commentaire

  1. il en est de ce vocabulaire, comme de toutes nouvelles fonctions auxquelles on se doit de donner un nom pour pouvoir en parler. il y a des buzz vide de sens et des descriptifs techniques suffisamment sophistiqués pour être incompréhensible au commun des mortels.
    Ceci dit ne pas vouloir définir la fonction sous prétexte qu’elle appartient à la création d’une valeur systémique, c’est comme refuser de définir la régulation thermique sous prétexte qu’on ne connait pas la vêture des futurs occupants.
    D’abord on se prive d’équiper tous les bâtiments neufs , sous prétexte de ne pas encore connaitre le vendeur d’énergie et l’acheteur de flexibilité. Ensuite on se prive du travail d’analyse qui transforme plusieurs cas d’usage en fonctionnalité unique paramétrable.
    Et ce serait dommage , la croissance du besoin de production, de commercialisation et de consommation de la flexibilité que ce soit pour des raisons techniques au réseaux, ou des raisons économiques aux acteurs de marché, est là pour justifier cet effort de formulation. les différentes expérimentations sur rhone alpes,(le démonstrateur smart grid greenlys , le microgrid de l’IMT à Grenoble , le projet Enernet du pole de compétitivité TENNERDIS) tendent à donner un sens commun , réplicable, valorisable à cette capacité des bâtiments tertiaires, industriels et d’infrastructure à produire de la flexibilité.

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