Cette année, Utility Week (EUW) c’était la vraie vie !

Utility Week est l’événement majeur réunissant en Europe le monde de l’énergie finale, industrie et utilities confondues. Il se tenait cette année à Amsterdam. Pourquoi donc était-ce la vraie vie ? Et qu’est ce que la vraie vie dans le monde de l’énergie ?

C’est tout simplement un monde de chaos et de disruption continue et c’est ce que Utility Week symbolisait cette année. Non pas que l’organisation ait été chaotique, bien au contraire, même si la multiplication des pavillons nationaux donne une structure des exposants moins lisible et moins utile aux visiteurs qu’aux exposants eux-mêmes.

Au niveau des utilities, cohabitaient des utilities pensant encore que la taille de leur stand doit être en rapport avec leur rang, des grandes utilities qui présentaient de merveilleuses innovations sur des petits stands plus discrets mais surpeuplés démontrant une vitalité et une créativité remarquables, des grandes utilities communiquant sur leur métier historique sur des stands presque vides et une multitude de représentants de utilities fouinant et cherchant chez les exposants de quoi alimenter leur propre réflexion. Je le constate au quotidien avec nombre de mes clients, j’en ai eu la confirmation à Amsterdam, beaucoup de utilities ont amorcé une profonde transformation et sont surprenantes dans leurs réalisations.  Toutes partagent un sentiment d’urgence et l’impression de n’être qu’au début de leur métamorphose.

Dans la continuité d’un mouvement déjà observé l’an passé, l’industrie confirme un repli sur ses bases : moins d’innovations et des messages très opérationnels montrant la maturité des marchés adressés et les exigences claires des acheteurs : à titre d’exemple, les fabricants de compteurs axent leur communication sur la fiabilité de l’acquisition des données ; les fonctionnalités exotiques ont disparu, les utilisations futuristes du compteur également. Les compteurs intelligents seraient-ils en train de devenir les commodités qu’étaient leurs ancêtres électromécaniques il y a 30 ans ? Quant aux grands fournisseurs informatiques, ils travaillent en coulisse avec leurs clients à qui ils ont tant à apporter. Ils n’affichent plus de grands messages racoleurs : aurions-nous changé d’époque ?

Les start-ups m’ont semblées plus diversifiées que ces dernières années, plus sérieuses également dans leur proposition de valeur. Les technologies blockchain, dernier buzz en date, n’a pas donné lieu à une explosion d’exposants mais à une fréquentation particulièrement forte des start-ups du domaine. Si chaque visiteur du stand de LO3 Energy se transforme en client cette année, il est temps d’investir dans cette start-up !

Quelques projets européens et instituts de recherche exposaient leurs travaux : ils m’ont souvent paru décalés. Le temps qu’il faut pour monter un dossier sur un sujet donné avec le formalisme imposé dans ce monde, obtenir les financements et mener le projet est suffisamment long pour qu’à la fin du projet, le sujet soit obsolète, dépassé par de nouveaux concepts et plusieurs vagues d’innovations. Certains instituts de recherche des pays du nord de l’Europe semblent avoir cerné la situation et font évoluer leur mode d’action.

Une observation par application ou technologie est, elle aussi, riche d’enseignements.

Le stockage est une application dont la majorité reconnaît le caractère indispensable aujourd’hui. Peu de sociétés étaient présentes sur ce domaine : Eaton et Socomec parmi les grands fournisseurs de produits, Tiko se détachait en proposant une solution packagée pour le résidentiel. Où étaient les autres prétendants ? Désintérêt pour l’événement ? Trop de travail et pas assez de temps pour être présent ?

Les « agrégateurs d’effacements » se comptaient sur les doigts de la main. A l’exception d’Energy Pool, tous évoluent vers un positionnement de fournisseur de plateforme d’activations et de valorisation des flexibilités et non plus d’opérateur d’activations et de valorisation. Certains tentent une évolution globale, d’autres nuancent leur positionnement par pays. Ce changement est justifié par la volonté de réduire l’exposition aux risques et de contourner les difficultés d’adresser le marché industriel. En effet, en dehors de process entièrement contrôlables tels que les bancs d’électrolyse, l’engagement de process industriels supposent d’excellentes compétences sur ces process que la plupart des agrégateurs n’ont pas et ont des difficultés à acquérir.

Le Smart Home, jadis une des applications stars du salon, est très discret. Les grandes réussites du domaine sont absentes : dommage ! Ni Eneco, ni Innogy ni British Gas !

Le « Big data » et les solutions cloud sont-ils rentrés dans les mœurs ? Les fournisseurs de solutions IT les mentionnent comme des évidences. Les solutions cloud font effectivement partie du paysage mais la présence de nombreuses données suffit-elle à l’obtention du label « Big Data » ? Dans mon esprit, les solutions « Big Data » permettent d’extraire une valeur particulière des grandes masses de données, non accessible de manière triviale. Cette définition ne semble pas partagée. Resterait-il encore des promesses excessives dans le domaine ?

Les technologies Blockchain semblent être sur le devant de la scène. Peu représentées cette année, elles donnent lieu à des pitchs laissant encore transparaitre beaucoup d’immaturité. Mais les promesses sont bien là. Je suis déjà très impatient de mesurer les avancées du domaine à EUW 2018.

Pour finir, revenons aux industries électrotechniques classiques. La plupart ont enfin franchi le pas consistant à ne plus vendre des produits mais le bénéfice qu’ils apportent : on parle désormais de solutions de qualité de l’énergie, de continuité de service des réseaux ou de réduction des pertes en ligne. Ce qui me semble le plus révélateur de l’état du marché actuel est la prise de conscience de beaucoup d’industriels (six m’en ont parlé) que des bouleversements interviennent sur le marché et qu’eux, industriels, ne les perçoivent pas toujours ; leur accès au marché via des intermédiaires et des canaux historiques joue le rôle d’écran entre les marchés finaux et eux. Ils ont désormais le souci de regarder derrière cet écran pour explorer d’autres opportunités de croissance : il y a fort à parier que l’ensemble des acteurs, villes et énergéticiens en premier, seront gagnants.

Ces industriels en plein questionnement, l’hétérogénéité des start-ups présentes, la diversité des utilities dans leur degré d’innovation et de prise de conscience de l’évolution de leur environnement traduisaient parfaitement, sans le vouloir, le chaos du marché de l’énergie actuel.

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