Les grandes entreprises sont-elles encore capables d’innover ?

Afin d’optimiser et d’homogénéiser leurs performances opérationnelles, les grandes entreprises sont devenues amatrices de process et de procédures ; elles ont codifié leur mode de fonctionnement, allant jusqu’à cadrer le management de l’innovation, sensé rester terre de liberté d’idées et d’actions.

Le but est louable car beaucoup d’équipes innovantes ont confondu liberté d’entreprendre et manque de rigueur, transformant les structures d’innovation en gouffre financiers. Pour cette raison, de nombreuses structures d’innovation ont dû être fermées.

Vouloir organiser le management de l’innovation a toujours été justifié par deux objectifs : un positif, visant à accélérer les innovations, les adapter aux besoins du marché et à en réduire les risques, instaure un mode de management accélérant et développant les innovations ; un négatif, au service de la peur de l’inconnu et de la peur de cannibaliser des activités historiques par des nouvelles, multiplie les barrières à l’innovation et multiplie les opportunités de les tuer par étouffement.

Les grandes sociétés sont un terrain assez favorable aux innovations technologiques car les peurs évoquées plus haut ne s’expriment pas à ce stade, assez indépendant des activités commerciales et du business. Elles ont les moyens de faire de la recherche et font même de la dépose de brevets un argument vantant leur maitrise technologique.

Faire de ces innovations technologiques des succès commerciaux et des innovations sur le marché est plus problématique.

Pourquoi ?

Parce qu’une innovation peut cannibaliser une activité historique de l’entreprise et rencontrer, de ce fait, de multiples oppositions internes.

Parce qu’une innovation a besoin de temps et de moyens pour s’imposer sur le marché et que les grandes sociétés laissent toujours moins de temps et de moyens à leurs équipes pour réussir.

Parce qu’une innovation sort des standards de performances économiques, du moins pendant un premier temps, et que les systèmes de comptabilité analytique, de plus en plus développés, braquent les projecteurs sur elle seule.

Parce que lancer une innovation sur le marché demande courage et prise de risque, qualités disparaissant des grandes entreprises à certains niveaux de management.

Parce que l’appréciation des risques liées à une innovation demande une grande intimité avec le marché et que les dirigeants en charge du déblocage des fonds pour lancer une innovation sont de plus en plus loin des marchés.

Tout ceci ne signifie pas « pas d’innovation » mais « moins d’innovation ». Dans les grandes entreprises, l’innovation est instrumentée, développée dans le cadre de grands projets pour avoir visibilité et support du top management.

Le monde de l’énergie a aujourd’hui un besoin quasi frénétique d’innovations : il attend beaucoup des grandes entreprises : grandes entreprises du secteur pour ouvrir la voie et grandes entreprises industrielles pour offrir des solutions miracles.

Parmi les grandes entreprises du secteur de l’énergie, certaines font des choix radicaux et courageux pour augmenter leur pouvoir d’innovation : ENEL crée ENEL X pour porter les offres innovantes sans avoir à gérer, en simultané, tous les enjeux de transformation d’ENEL. 

Mais la plupart en restent à des solutions conventionnelles peu efficaces : participation à des projets pilotes, déconnectés des opérations et dépassant rarement le stade de pilote, achat de start-ups, souvent anéanties par une intégration simple dans l’organisation de la grande entreprise.

Enfin, certaines tentent de développer une culture plus favorable aux innovations (Eneco, Centrica, E.ON). Cela peut se révéler efficace mais prend beaucoup de temps.

Les start-ups, quant à elles, sont plus innovantes mais elles vendent moins facilement : elles n’ont pas de structure financière suffisante pour faire face aux aléas et offrent donc moins de garantie, ne serait-ce que de pérennité, à leurs clients.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation inédite : ce ne sont pas les entreprises de l’énergie qui, pour une meilleure différenciation ou leur pérennité, ont besoin d’innover ; ce sont le marché et la collectivité toute entière qui ont besoin de nouvelles solutions pour résoudre une équation environnementale, économique et sociale d’une complexité sans précèdent.

Quand cesseront ils d’attendre des grandes entreprises des innovations providentielles et comment pourront ils contribuer à stimuler leurs capacités d’innovation ? 

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