9 plans d’action énergie souvent incontournables dans les Smart Cities

J’ai partagé récemment avec vous 7 actions qui me semblent indispensables pour créer une ville énergétiquement intelligente. Ces 7 actions sont des piliers fondateurs de toute politique énergétique de la ville. Il s’agissait notamment de la mise en place d’une gouvernance locale de l’énergie, d’un plan d’exemplarité publique, d’un plan pour une mobilité décarbonée, d’un plan de rénovation énergétique des bâtiments.

En parallèle, d’autres actions n’ont pas ce statut de fondation mais n’en ont pas moins d’importance. Elles se révèlent très utiles voire indispensables dans de nombreux cas mais ont, toutes, à être définies dans le cadre d’enjeux locaux toujours spécifiques. En voici neuf, qui, par expérience, retiennent particulièrement mon attention.

  1. Plan énergie immeubles tertiaires

Ce plan est un complément du plan de rénovation du bâti. Les enjeux sur les immeubles tertiaires dépassent largement le simple cadre de la performance thermique.

Tout d’abord, chaque immeuble peut être une unité de production. Suivant la géographie de la ville, il convient de transformer chacun d’eux ou chaque groupe de bâtiments en unité de production, en accueillant par exemple des panneaux solaires photovoltaïques. Il est rarement judicieux de considérer chaque bâtiment séparément.

Il est ensuite important que chaque bâtiment soit pilotable donc que les principales unités de consommation présentes à l’intérieur puissent être modulées ou délestées à distance selon des règles partagées.

Ces évolutions permettront en parallèle le développement de services très différenciateurs à l’intérieur de chaque bâtiment.

Le rôle d’une ville n’est pas nécessairement de définir des spécifications précises mais de pousser pour des standards énergétiques élevés. Beaucoup de technologies existantes se développeront le jour où de tels standards seront imposés.

Il est important de les fixer et de les faire respecter en concertation avec la chaîne d’acteurs : les urbanistes pour que les immeubles s’intègrent dans des logiques et dans des services de la ville, les promoteurs car les standards imposés aux constructeurs doivent être valorisables et vendables, les architectes pour assurer leur mise en œuvre.

  1. Plan énergie industrie

L’industrie est une activité fortement consommatrice d’énergie : difficile donc de parler de Smart Energy City sans engager les industriels à travers un plan énergie qui leur est dédié.

L’objectif principal des industriels est d’améliorer leur productivité ; il est inconcevable de la dégrader. La mise en œuvre d’un tel plan est donc délicate car elle requiert des compétences énergétiques spécifiques, que les industriels n’ont pas souvent, et les industriels ne sont pas spontanément enclins à accepter l’intervention, aussi légère soit-elle, de ces spécialistes sur leur process. Il se greffe également sur ces difficultés, la protection du savoir-faire industriel et des secrets de fabrication qui rend les interventions extérieures indésirables. Un tel plan poursuit plusieurs objectifs :

  • Une meilleure efficacité énergétique, dont l’intérêt est lié à l’importance des consommations industriels.
  • La recherche et l’engagement de flexibilités industrielles dans les mécanismes d’équilibre. Les modulations permettant de participer à la régulation de fréquence (réserves primaires et quelquefois secondaires) sont plus difficiles à mettre en œuvre que les délestages contribuant aux réserves tertiaires.
  • La récupération de chaleur fatale pour alimenter des réseaux de chaleur voisins.
  • Le développement d’une production d’électricité et de chaleur locale, pouvant éventuellement être partagée avec des consommateurs résidentiels au sein de communautés énergétiques.
  1. Plan précarité énergétique

La pauvreté est un enjeu social grandissant des villes. La précarité énergétique est sa déclinaison directe dans le domaine de l’énergie. Des revenus en baisse ne font pas bon ménage avec des coûts énergétiques en hausse.

De plus, les ménages à faible revenus occupent souvent les logements les moins performants sur le plan énergétique : cette caractéristique aggrave leur précarité et ne contribue pas à accélérer le rythme de rénovation énergétique des logements anciens.

Il est de la responsabilité des villes de créer des circuits locaux de support à cette précarité : en réinvestissant une partie des économies publiques d’énergie, en captant une part des revenus de la flexibilité etc …

  1. Mise en place d’une animation énergétique dans les quartiers

Les comportements individuels, dans les logements et les bureaux comme dans l’industrie, sont une source d’économies d’énergie. Ils ne représentent pas le potentiel de gain le plus important mais celui qu’il est le plus difficile et le plus incertain à réaliser.

Ils sont, en revanche, la première cause de dérive d’une performance acquise. Souvent, une économie réalisée est considérée, inconsciemment, comme une contribution et un résultat autorisant moins d’attention ou une petite « dérive ».

L’éducation des consommateurs, l’animation d’une dynamique comportementale vertueuse ne passe pas uniquement par l’école et les jeunes générations. Il a été prouvé en maintes occasions que des animations locales, au sein d’immeubles ou de quartiers, par des bénévoles reconnus pour leurs connaissances et leurs résultats, sont essentielles et doivent être instaurées de manière pérenne.

La principale difficulté de ce type d’opération est de n’être pas suffisamment rigoureuse et orientée « résultats » : la convivialité nécessaire et le bénévolat ne doivent pas exclure le besoin d’une recherche d’efficacité permanente.

  1. Mise en place d’une académie de l’énergie

Une vision commune, une enveloppe culturelle commune c’est à dire de connaissances, d’un langage, d’expériences partagées facilitant les échanges et la collaboration grâce à une meilleure compréhension mutuelle, sont des facteurs de performance d’un écosystème.

Cette généralité s’applique parfaitement aux acteurs énergétiques d’une ville : pour agir ensemble plus vite et plus efficacement, consommateurs et professionnels de l’énergie doivent partager une même « culture » énergétique.

Les grandes agglomérations ont tout intérêt à mettre en place une « académie de l’énergie », lieu d’apprentissage et d’échanges pour TOUS les acteurs de l’énergie de l’agglomération.

Comme pour le thème précédent, il est essentiel qu’une telle structure soit davantage focalisée sur les résultats que sur les moyens. Il n’est pas suffisant de mettre en œuvre cette structure, encore moins de se satisfaire de la communication liée à son ouverture, il faut sans cesse mesurer et améliorer la portée de son action.

  1. Développement d’espaces de co-working

J’ai eu l’occasion, dans des articles précédents, de souligner le besoin désormais évident de profondément modifier nos habitudes de mobilité. Pour cela, la ville doit se réorganiser car son organisation conditionne une grande partie de nos déplacements.

Les déplacements domicile-travail représentent une part importante de l’enjeu. La mise en place, dans la ville, d’une infrastructure numérique de plus en plus performante, le développement de plateforme collaborative et d’outils de travail à distance, ouvrent la porte au développement des espaces de co-working.

Ces espaces offrent un espace de travail flexible, utilisable selon les besoins, de plus en plus locale et proche du domicile de leurs clients, favorise des échanges informels mais souvent très fructueux et contribuent à diminuer significativement les trajets domicile-travail. Il peut être utile d’en organiser et stimuler la multiplication, en concertation avec les acteurs économiques de la place.

  1. Mise en place de structures de financement partenaires

Dans les villes, le financement du développement des énergies renouvelables et des actions d’efficacité énergétique est souvent considéré comme un obstacle quasi insurmontable.

Un partenariat avec des fonds d’investissement spécialisé dans les infrastructures offre une solution pour les investissements unitaires de plus de 5 à 10M€.

Pour les investissements plus petits, le recours aux modèles de contracting est à considérer avec grand intérêt car ils permettent un effet de levier sur l’investissement privé et diminue le besoin de recours aux subventions. En outre, ils contribuent à accélérer le lancement d’initiatives privées. Un partenariat avec une ou plusieurs ESCOs locales devient alors un outil puissant : la caution de la ville peut sécuriser des investisseurs, le concours d’un assureur peut encore davantage réduire le risque.

Mais il est important que ces structures, exigeant un management très pointu, restent indépendantes dans leur fonctionnement et ne soient pas envisagées comme des services publics.

  1. Plans « autonomie » & « partage »

En matière de production électrique et, plus généralement, énergétique, l’autonomisation des consommateurs est une tendance, voire, une aspiration profonde dont j’ai déjà évoqué quelques raisons.

Le déploiement débridé de telles infrastructure peut conduire à un renchérissement des coûts énergétiques pour les consommateurs et à des surcoûts d’exploitation inutiles pour les énergéticiens. Il est vital de le coordonner, tout en le stimulant.

Le besoin d’un plan « autonomie » est avéré dans quasiment tous les cas de Smart Energy City.

Partager des ressources de production ou de mobilité, sur un plan très local, est également un besoin universel, porteur de gain de performances très importants. Un plan « partage » est donc un complément indispensable du précédent.

  1. Plan « données »

L’ensemble des actions, que nous venons d’identifier comme fortement contributrices à la construction d’une Smart Energy City, repose sur le développement d’une infrastructure numérique entrainant la multiplication des capteurs, le développement de réseaux de communication (Attention à la prise en compte des personnes électro-sensibles) et le développement des centres de stockage de ces données, paradoxalement très consommateurs d’énergie.

Chaque Smart Energy City ne pourra éviter, dès les premières années, de se doter d’un plan « données » pour rationaliser et mutualiser les capteurs et les réseaux de communication afin de réduire les investissements associés, garantir une gestion sécurisée des données et assurer un accès équitable à ces données.

Ce plan est d’autant plus important que la qualité de l’infrastructure numérique déployée a une incidence majeure sur le dynamisme économique local. L’enjeu est donc double !

 

Aucune de ces actions n’est réellement indépendante : le plan « autonomie » nécessite une infrastructure de gestion des données ; les acteurs contribuant à ce plan auront besoin de financements et de compétences apportées par l’académie de l’énergie.

Trois mots caractérisent le déploiement de ces actions :

  • Progressivité : car aucun changement en profondeur ne peut être immédiat. L’ensemble de ces plans exigent des moyens qui ne pourront être accordés que dans la durée. Ils sont lourds et complexes.
  • Cohérence : car tout ce qui s’inscrit dans le temps demande de la constance et de la cohérence, notamment de la part des sponsors et des décideurs. Ce qui a été amorcé doit être poursuivi, éventuellement progressivement adapté, mais jamais renié, dénigré et détricoté.
  • Transversalité : les liens entre toutes les actions supposent de réinventer le fonctionnement des villes. Introduire de la transversalité exige plus de collégialité.

Ces trois caractéristiques majeures sont exactement à l’opposé du monde politique dont nous héritons : comment, dès lors, s’y prendre pour faire émerger ces Smart Cities dont nous avons urgemment besoin ?

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