Les gestionnaires de réseau sont des catalyseurs de transition énergétique mais pour qui ?

Il est désormais communément admis que les gestionnaires de réseaux sont les facilitateurs de la transition énergétique et ce, pour plusieurs raisons :

  • Leur capacité et leur rapidité à connecter des productions renouvelables au réseau électrique ou de gaz conditionnent leur vitesse de déploiement, encouragent ou dissuadent les investisseurs. Il en est de même des bornes de recharge de véhicules électriques.
  • Leur capacité à adapter le dimensionnement de leurs réseaux à l’évolution des besoins et des usages accélèrent ou freinent ces évolutions.
  • Leur capacité à dialoguer et comprendre les besoins des consommateurs ou des collectivités territoriales est déterminante pour répondre à leurs besoins

Pour autant, on observe, chez les GRDs européens, des modes d’action très différents, des stratégies quasi opposées. Tout dépend bien évidemment du cadre règlementaire mais ne soyons pas naïfs : ce contexte n’explique pas tout.

Aucune action n’est « gratuite ». Toutes sont conditionnées par une intention qui la justifie et la motive. Souvent, l’intention est plus importante que l’action car elle lui donne une partie de son sens. En d’autres termes, une même action sera plus ou moins bien acceptée selon que l’intention qui la sous-tend est louable ou non. 

Pour qui et pour quoi donc les GRDs sont des facilitateurs de la transition énergétique ? Autrement dit, quelles sont leurs intentions ?

J’observe en Europe trois cas pour répondre à ces questions :

L’intention des GRDs est stratégique et ils œuvrent en priorité pour leur actionnaire.

Ces GRDs sont au service, soit d’un fournisseur historique qui est encore leur actionnaire principal, comme dans certains pays d’Europe latine par exemple, soit d’un actionnaire privé dans un contexte d’unbundling total. 

Dans un tel cas, la réussite de la transition énergétique repose sur l’attractivité, pour les actionnaires des DSOs, des politiques règlementaires, une sorte d’utopie vu la complexité des mouvements à opérer. Les tensions entre GRDs et régulateur ou GRDs, consommateurs et tissu économique sont amenées à se développer, au fur et à mesure que les obligations environnementales et sociétales augmenteront.

L’intention des GRDs est politique et ils œuvrent en priorité en soutien d’une politique règlementaire.

La transition énergétique ainsi conduite, a l’avantage d’être plutôt cohérente avec la volonté politique mais elle demande, pour être pleinement réussie, une justesse et une adaptation des décisions politiques, difficilement conciliable avec le caractère plutôt dirigiste et planificateur d’une telle approche.

Des divergences avec les aspirations et les besoins des différents acteurs de la société sont susceptibles, là aussi, de se développer.

L’intention des GRDs est sociétale et ils œuvrent en priorité pour les consommateurs et les acteurs économiques.

En respectant les règles fixées par le régulateur, les GRDs se mettent à l’écoute et au service de l’économie. Leur mode d’action, plus empathique, est aussi plus complexe à mettre en œuvre. Des mouvements très intéressants sont observés en Europe Germanique et Scandinave, là où la fragmentation des GRDs leur a permis d’atteindre une plus grande proximité avec leurs clients.

Ces approches exigent davantage de dialogue et, peut-être, de courage et de confiance entre acteurs, mais, de mon point de vue, promettent des démarches mieux acceptées et donc de meilleurs résultats.

Chacun des cas décrit ci-dessus ne signifie pas que les GRDs ne travaillent que pour un seul acteur. Dans une approche politique ou sociétale, l’efficacité économique n’est pas pour autant oubliée. Dans tous les pays, les objectifs économique, politique et sociétaux des GRDs sont poursuivis simultanément, avec plus ou moins de bonheur. Mais dans chaque cas, il s’agit de la prééminence d’un objectif par rapport à d’autres pour lesquels la performance atteinte est vue comme une conséquence des résultats obtenus sur l’objectif principal.

On imagine aisément que des GRDs obéissant à des logiques différentes auront des difficultés à s’accorder sur des transitions énergétiques cohérentes. Mais ce regard donne des pistes d’action à qui veut réconcilier des évolutions parallèles menées aujourd’hui en matière de transition énergétique : par exemple entre énergéticiens et bâtiments, énergéticiens et industrie ou encore énergéticiens et collectivités territoriales.

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