Le mix énergétique : une question de dosage !

Gérer une transition énergétique est désormais l’enjeu de tous les pays sous la pression des objectifs de réduction de gaz à effet de serre décidés au niveau mondial. Avant tout, les débats dans tous les pays en témoignent, une transition énergétique se traduit et se décrit d’abord comme une évolution du mix énergétique de chaque pays. Chaque pays ayant un mix de départ différent, chaque transition sera donc unique.

Mais peut-on considérer aujourd’hui qu’il y a un mix idéal ? Y a-t-il des technologies incontournables et d’autres indésirables ? Peut-on imaginer qu’une ou deux technologies dominent le monde énergétique de demain ?

Essayons de faire un tour d’horizon de la question.

Tout d’abord, la transition énergétique concerne toutes les énergies, celles liées aux transports et celles utilisées dans l’industrie, les bâtiments et nos maisons, pour des applications thermiques (chauffage, climatisation, cuisson) mais aussi pour le fonctionnement de toutes sortes d’équipements.

Si l’électricité est un moyen propre, souple et pratique de transporter de l’énergie et d’alimenter des moteurs ou des circuits électroniques, convertir une énergie primaire (biomasse, gaz, fuel) pour la transformer en électricité pour se chauffer par effet Joule, offre en général un rendement moindre que de la production de chaleur directement à partir de ces mêmes énergies primaires. Ceci explique en partie le développement à venir des réseaux de chaleur et la réduction de systèmes thermiques électriques.

Mais attention à ne pas être trop caricatural : les pompes à chaleur proposent un dispositif consommant pourtant de l’électricité, particulièrement efficace dans certains cas pour produire de la chaleur ou du froid.

Raisonner un mix énergétique, c’est donc questionner la place de chaque énergie primaire mais aussi celle du principal vecteur de transport d’énergie : l’électricité (en tenant compte de la possible utilisation de pompes à chaleur).

 

Le choix du mix énergétique répond à quatre objectifs principaux : le prix de l’énergie, l’impact environnemental, l’indépendance énergétique et la sécurité d’approvisionnement. Chaque énergie procure des avantages et présente, dans le même temps, des inconvénients. Il n’y a aucune énergie idéale. Dans les mois à venir, je vous proposerai un tour d’horizon détaillé des sources d’énergie existantes pour en découvrir les avantages et inconvénients actuels et futurs.

Chacun des objectifs ci-dessus doit être compris de manière systémique et non restrictive :

  • Le prix de l’énergie n’est pas seulement le coût de production. A ce coût, s’ajoute dans tous les pays, une composante de rémunération des réseaux utilisés pour acheminer cette énergie du producteur au consommateur. Le développement significatif d’énergies intermittentes, telles que solaire et éolien, aura un impact sur cette composante : il faudra renforcer le réseau à certains endroits, probablement l’architecturer différemment, déployer des installations de stockage et développer des mécanismes d’équilibre plus couteux : autant d’investissements à amortir qui se répercuteront sur le prix de l’énergie.
  • L’impact environnemental est un objectif qui a pris de l’importance face au réchauffement climatique. Il est important de considérer l’impact de chaque énergie sur son cycle de vie c’est à dire pas seulement durant la période de production mais aussi durant la fabrication et le recyclage des moyens de production associés. Qui plus est, les émissions de CO2 ne sont pas le seul critère de protection de l’environnement.
  • L’indépendance énergétique mesure la capacité d’un pays à disposer chez lui de sources énergétiques : importer du pétrole, du gaz ou du charbon augment la dépendance énergétique d’un pays vis à vis des pays producteurs. Sécuriser de tels approvisionnements coûte en efforts diplomatiques, en financements accordés aux pays producteurs voire en conflits.

Mais ces quatre objectifs ne sont pas les seuls critères pour juger d’une énergie. Le fait de pouvoir produire régulièrement est un avantage à considérer, (contrairement à l’intermittence de production), de même que la faculté de faire varier rapidement et sans difficulté le niveau de production ou de distribution.

Notre rêve d’idéal risque, à la lumière de ces premiers éléments, de rester inassouvi : il nous sera bien difficile de garder un petit nombre de sources énergétiques comme par le passé et encore moins des sources homogènes comme ce fut le cas du pétrole, du charbon, du gaz et de l’atome. Ces quatre sources n’ont jamais remis en cause la topologie des systèmes : la production d’électricité est restée centralisée, la distribution de gaz était l’acheminement simple d’un point d’importation aux différents consommateurs, tous les véhicules ou presque utilisaient le même type de carburant.

Cette période est révolue : il va nous falloir penser autrement et migrer vers des mix énergétiques qui seront un dosage entre des sources d’énergie nombreuses, aux caractéristiques différentes, les unes compensant les inconvénients des autres et vice versa.

Les débats devront changer de nature, les approches et les raisonnements devront être modifiés en profondeur.

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